Il était une fois PORT GRIMAUD par Yves LHERMITTE


Il était une fois PORT GRIMAUD...

PORT GRIMAUD et l'ENSABLEMENT
          Depuis quelques années, La passe d'entrée de Port Grimaud ainsi que l'embouchure de la Giscle sont victimes d'ensablement ce qui gène le passage en toute sécurité des voiliers...

HISTORIQUE :

      Il existe un courant, appelé le courant Ligure, qui longe la côte du golfe de Saint Tropez, dans le sens Sainte Maxime / Saint Tropez.
      De nombreux épis, le long de cette côte ont été édifiés afin de retenir le sable transporté pas ce courant...
      Le fleuve "La Giscle" (communément appelé rivière) se jetait dans la mer en obliquant son embouchure vers la droite, poussé par le courant (Photo 1).

terrain nu avant PORT GRIMAUD
Photo 2: Vue aérienne de l'embouchure de la Giscle ensablée...
la Giscle à  PORT GRIMAUD
Photo 1: Vue aérienne de l'embouchure de la Giscle orientée vers la droite...

      Parfois l'embouchure arrivait à se boucher par le sable, quand son débit était au plus bas, en période de forte sècheresse (Photo 2).
      Il suffisait d'une forte pluie pour gonfler les eaux du fleuve qui emportait le sable.


SABLIERE :



      Ce sable de rivière était recherché pour la construction d'où son exploitation sur le terrain où sera construit la future cité lacustre.


      2 silos à sable , présent sur ce terrain (photo 3), servaient d'amer pour les bateaux. Le sable était récupéré et transporté par train ou bateau vers l'intérieur du pays (photo 4).

sabliere
Photo 4: Le train venait chercher le sable...
Silos à sable
Photo 3: Les 2 silos...

La GISCLE :


      La Giscle prend sa source dans le massif des Maures, sur la commune de Collobrières, à environ 650 m d’altitude, puis traverse une grande plaine alluviale et se termine dans le golfe de Saint Tropez. Sa longueur est de 15,5 km.

      Elle a de nombreux affluents dont le plus important la Môle (20,5km) avec une pente de 0,5%, mais aussi La Grenouille (8,5 km, pente de 4%) ou la Garde (9,5 km, pente de 2,3%), la Verne (10 km, pente de 3,9%), La Tourré (2,5 km, pente de 4,6%) et le Gilly (2,8 km, pente de 4,5%).

      L’ensemble de ses cours a un régime hydraulique méditerranéen avec une saison chaude et sèche en été et de fortes précipitations, en automne et en hiver, sur de courtes durées.

      Il pleut en moyenne 842mm par an. Les débits sont très faibles de juin à septembre (0,5m3/s par jour). Par forte pluie d’automne le débit passe à 20m3/s en moyenne. Mais Il peut pleuvoir entre 100 et 200 mm en une seule journée soit 30 ou 40 m3/s. d’où parfois d’importantes crues dans la plaine et donc plus de sédiments charrriés et plus d’accumulation de sable dans le lit de la rivière et à l’embouchure.

      Comme nous le verrons plus loin, le traçé de l’embouchure de La Giscle a été profondément modifié lors de la construction de la cité lacustre et des Marines de Cogolin ce qui a favorisé un ensablement notable qui provoque un rehaussement du fond du lit et perturbe de fait la navigabilité du chenal.

      L’urbanisation a été très importante sur les bords de la Giscle à Cogolin, La Môle et Grimaud, générant la disparition d’espaces naturels ou agricoles qui ont influencé le fonctionnement hydraulique des cours d’eau.


      Depuis les années 60, les berges de la Giscle et de ses affluents ont connu de nombreux aménagements pas toujours naturels :



- 1: STABILISATION du lit de la rivière :

      - par ENROCHEMENTS soit dans le lit du cours d’eau soit sur les berges, avec parfois ajout de béton pour une meilleure consolidation.

      - par des TECHNIQUES VEGETALES utilisant des matériaux naturels:
                  - des fascines (barrière de pieux en bois morts),
                  - des boutures de diverses plantes afin de favoriser la reprise végétale,
                  - des filets coco (réalisés à partir de bourres enveloppant la noix de coco, biodégradables donc moins durables que les enrochements),

      - par la création de QUAIS à Port Cogolin, Les Marines de Cogolin, les chantiers navals, le camping « Riviéra » et Port Grimaud.

- 2: AMELIORATION des écoulements :

par nettoyage, restauration ou dragage.
      Les cannes de Provence forment des canniers que l’on trouve le long du lit de la Giscle et de ses affluents. Ils retiennent les sols et limitent ainsi l’érosion des berges. Toutefois, il faut veiller à ce qu’ils ne débordent pas trop dans le lit des rivières car ils gêneraient l’écoulement de l’eau. Il faut donc les couper régulièrement.

      Il faut également débroussailler le lit et les berges, éliminer les bois morts et des objets de toutes sortes (parfois abandonnés par des personnes peu scrupuleuses) qui se déposent sur le fond de la rivière, gènant l'écoulement des eaux.

- 3: Création de DIGUES, de fossés de drainage :

mais aussi des ouvrages et des chenaux de décharges au niveau des terres agricoles.

- 4: Aménagements de PONTS :

                  et de passerelles (avant 1979 en général) pour le passage terrestre, liés à l’urbanisation grandissante de la région. Ces ouvrages ont une emprise très forte sur l’écoulement des eaux.



      L’évolution de l’occupation du sol et l’urbanisation ont modifié le fonctionnement hydraulique des cours d’eau. A savoir :

- Un sol urbanisé ruisselle plus qu’un sol naturel et qu’un sol agricole.

- Un sol agricole ruisselle davantage qu’un sol naturel.
      Les sols agricoles bordant la Giscle et ses affluents sont de nature particulièrement sensible à l’érosion. Lors de fortes pluies, les phénomènes de ruissellement et de lessivage des sols sont accentués, ce qui contribue à un ensablement croissant et aggrave les phénomènes d’inondations.

      De plus après les nombreux incendies qui ont détruit le couvert végétal sur les collines environnantes, ces fortes pluies ont raviné et entraîné en ruisselant jusqu'à la plaine, de nombreux sédiments qui ont participé à l'ensablement du lit des rivières et de l'embouchure de la Giscle.



Les CRUES de la Giscle :


- Janvier 1959 : crue exceptionnelle.
- 11 et 12 janvier 1996 : crue décennale qui a entrainé l’inondation d’une grande partie de la plaine de la Giscle pendant plus de 2 jours.
- 14 juillet 2002 : crue centennale très localisée sur le haut du bassin de la Giscle.
- 13 et 16 décembre 2008 : crue supérieure de la Môle, l'affluent le plus important de la Giscle.
- du 14 au 20 septembre, puis du 21 au 23 octobre 2009 : crues sur la Giscle Forte crue en septembre et très forte en octobre.
- 15 et 16 juin 2010 : crue forte de la Giscle.




- du 3 au 9 novembre 2011 : l’équivalent de 7 mois de pluie en 5 jours sur le bassin versant de la Giscle. Crue débordante de la Môle et de la Giscle sur la plaine de Grimaud.
- 14 décembre 2012 : crue de la Môle.
- 7 et 8 mars 2013 : crue débordante de la Môle et de la Giscle.
- 26 et 27 novembre 2014 : Mois de novembre exceptionnellement pluvieux. Crue débordante de la Môle et de la Giscle avec inondation, dans la nuit du 27, du quartier des Pommiers, de la ZA du Grand Pont, de Saint-Pons et du parking de PG1.
Embouchure de la Giscle
Vue aérienne de l'embouchure de la Giscle avant le début des constructions des Marinas...
barre port grimaud
Projet 1962
Esquisse datant de 1963 avec sortie sur la mer: la Giscle avait sa courbure normale
barre port grimaud Esquisse 1965
Esquisse datant de 1965 avec sortie sur la mer: la Giscle avait sa courbure normale
barre port grimaud
projet1965
Projet de 1964 avec sortie sur la Giscle: l'embouchure est verticale


      Construction de Port Grimaud : à partir de 1966
      Construction des Marines de Cogolin : de 1968 à 1980.
      Construction de Port Cogolin : 1982



      Les travaux ont débuté en 1966 à PORT GRIMAUD. Pendant longtemps, l'architecte hésita, on le voit sur ces projet: tantôt sortie sur la Giscle, tantôt sortie sur la mer... Après une forte crue de la Giscle qui inonda le chantier naissant de la cité lacustre, le choix se fit définitivement sur la mer.
      Les travaux des Marines de Cogolin ont débuté en 1968 et les constructeurs ont modifié dès le début le cours de la Giscle en l'orientant vers la gauche donc face au courant Ligure par une jetée en forme de triangle.
esquisse de 1964
Projet de 1965 avec sortie sur la Giscle

      La jetée de la Capitainerie de PG1 ne se fit qu'à partir de 1968...
      Quand la décision fut prise d'ouvrir le plan d'eau de Port Grimaud sur la mer, l'embouchure de la Giscle avait déjà été modifié et l'architecte construisit la digue de Port-Grimaud Sud en respectant la nouvelle courbure de la rivière...

jetee port grimaud
Le premier épis en 1968 et ouverture de la passe.

      La profondeur de la passe d'entrée de Port Grimaud était, à l'origine, de 5m environ. Celle de la Giscle de 3m.
      Puis vint, l'ensablement progressif...
barre port grimaud

Le DRAGAGE :

      Les sédiments, composés essentiellement de sable s’accumulant au fond du cours d’eau, gênent la navigabilité, d’où l’obligation de draguer le font du fleuve.
      Ce sable est récupéré pour réapprovisionner les plages.
      Le premier dragage recensé a eu lieu en 1995 entre le pont de la RN98 et l’embouchure, ramenant la profondeur de la Giscle à -2,50m. 12 650m3 ont ainsi été prélevés.
      Port Grimaud2, chargé en 2000 de l’entretien de la rivière, a réalisé 2 dragages en 2002 et 2003. L’ASl de PG2 fait 2 bathymétries par an afin de surveiller la profondeur sous les bateaux.
      la législation en matière de dragage était moins rigoureuse qu’aujourd’hui et l'ensablement moins important qu' aujourd'hui.

Novembre 2011 :

      Ce mois de novembre fut marqué par de grosses précipitations à l'origine de la création du banc de sable, déposé devant la plagette de PG2, entre l'embouchure de la Giscle et la passe d'entrée de Port Grimaud.

Alertée par le Président de PG2, Me TROEGELER, lors d’un conseil portuaire qui s’est tenue le 20 décembre 2011, la Commune de Grimaud prit conscience du problème et s'empressa de procéder à un balisage lumineux réglementaire d’urgence de la zone dangereuse.

      Depuis 2011, peut être à cause du réchauffement climatique, de violentes crues se sont enchainées, déplaçant à chaque fois un volume important de sable qui est venu "enrichir" le banc de sable jusqu'à atteindre un volume de 30 000 m3 environ, constituant un obstacle à la navigation dans cette zone située hors du périmètre portuaire concédé.

REMARQUE :       L’ensablement le plus important est situé sur le Domaine Publique Maritime (DPM). Seule "l’administration" doit normalement intervenir.
      En revanche, les 2 entrées, Giscle et Plan d'eau de Port Grimaud font partie de la concession et sont de la responsabilité de PG1, de PG2 et de la SNPG de PG3. Ils doivent en assurer le désensablement et la sécurité d'accès.

      Ces 3 entités ont participé collectivement aux frais de dragage concernant cette zone pendant plusieurs années alors que par un acte notarié du 4 Janvier 1973 portant constitution de "servitudes entre les trois entités", il est écrit en page 11, 12 et 15, que PG1 consent à PG2 et SNPG "une servitude de passage et de libre circulation à travers le débouché en mer", que "Cette servitude conférera à tout propriétaire des fonds dominants le droit de passer et de circuler librement en bateau ou avec tout autre engin de navigation sur le débouché en mer" et sous le titre "répartition de charges", " En ce qui concerne les plans d’eau, canaux et la rivière La Giscle, chacun des fonds servants les entretiendra, draguera et balisera à ses frais "...
      PG1 devait donc supporter seule les frais de dragage de la passe d’entrée (hors DPM) et les frais de dragage de la Giscle devait être supporté par PG2...

      Cette décision a été prise par l'architecte à cette époque parce que l'ensablement était faible, que PG2 naissait tandis que PG1 encaissait déjà des recettes avec le parking visiteurs et la location d'amarrages.

      PG2 n'a pas du tout apprécié, s'étant engagée à partager les frais, que PG1 use de méthodes un peu autoritaires, en décidant seule des conditions du dragage, du choix de l'entreprise, de l'acceptation du devis des travaux sans consultation des autres entités, se contentant d'envoyer la facture des travaux réalisés sans autres commentaires avec un coût du m3 de sable enlevé à 75€ alors qu'en 2017, la commune facturait ce même m3 à 25€ !...
      Avec l'accord des propriétaires de PG2, le Président de cette entité refusa de participer aux frais d'extraction, d'où un conflit logique avec PG1 qui campait sur ses positions.

      Depuis 2016, avec le changement de Directeur et de Président à PG1, les relations sont redevenues plus courtoises entre ces 2 entités...

      l’ASP de PG1, le 20 janvier 2016, et l’ASL de PG2, le 23 mars 2016 réalisèrent des relevés bathymétriques de contrôle qui ont fait apparaître des conditions d’accès au chenal d’entrée de la Giscle dans sa partie située sur le Domaine Public Maritime (DPM), particulièrement dangereuses, le sable affleurant sur plus de la moitié de la largeur de l’embouchure. Les bateaux ne pouvaient plus se croiser à cet endroit sans risquer de s'échouer sur le banc de sable.

      Un premier dragage de sécurité d’un volume de 2 700 m3, dans le chenal d’entrée côté Giscle, dans la zone située sur le Domaine Public Maritime eut lieu du 27 juin au 22 juillet 2016 et ont permis de rétablir un accès sécurisé au chenal d’entrée de la Giscle. Ces travaux ont été réalisés par la société AZOTE sous la direction de l'ASP1 qui avait entrepris en même temps le dragage de la passe d’entrée concédée.
      Les frais engagés par l’ASP de PG1 pour cette opération de dragage sommaire sur la partie non concédée s’élevèrent à 93 636 € TTC. La Mairie leur a remboursé cette somme.

      Puis début 2017, en l’absence d’accord entre les concessionnaires du port et la Commune, notamment sur les questions de la prise en charge des travaux de dragage et de leur répartition financière, la Commune a procédé à une extraction de 15 550 m3 environ. Le sable extrait de cette opération de dragage fut utilisé pour le rechargement en sable des plages communales.
      Une deuxième extraction des sables et planifiée pour 2018 /2019.


      Parfois, les crues de la Giscle, quand elle ne se conjuguent pas avec une mer forte poussée par un violent vent d'est, sont bénéfiques pour le désensablement car elles "nettoient" le lit du fleuve, chassant le sable déposés vers le large...
barre port grimaud

Aerien de l'entrée de PORT GRIMAUD

QUE FAIRE :

      pour éviter cet ensablement devenu récurent?
      Désensabler chaque année les passes d'entrée de PORT GRIMAUD a un coût élevé, à la charge des copropriétaires.
      Peut être faudrait il "réfléchir" à une modification de l'embouchure de la Giscle, lui redonner sinon son aspect d'origine (courbure vers le sud), du moins un tracé vertical par rapport au bord de mer. Supprimer cette courbure vers le Nord qui favorise le dépôt du sable devant la plage de PG2 et, par débordement, sur la passe d'entrée, devant la Capitainerie de PG1 et sur l'embouchure elle même...

      La photo aérienne ci-dessus montre bien que le sable charrié par la Giscle va se déposer, en grande partie, devant la plage de PG2...

      Exemple d'une possible modification (faite pas mes soins donc pas par un spécialiste!)...
Modification de l'embouchure de la Giscle
  L'OEUVRE de François SPOERRY...






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