Texte de Henry TROYAT (1969)
          Henry Troyat acheta une maison, rue de l'octogone, au tout début de Port Grimaud... Mais très vite, avec la renommée de la cité lacustre, et l'afflut de visiteurs, il préfèra revendre cette propriété...
 
      CERTAINES villes nous émeuvent par leur passé, lisible dans l'usure des pierres; d'autres par leur avenir que suggère une architecture audacieuse; à Port-Grimaud, le passé et l'avenir ne font qu'un, ou, plus exactement, l'avenir a le charme du passé.
      Cette petite
cité lacustre, née d'un seul élan, par la volonté d'un seul homme, représente un point parfait d'harmonie entre la nécessité de la vie moderne et la douceur de la vie d'autrefois. Ses maisonnettes toutes neuves ont cependant la carrure tassée, la toiture rugueuse et les couleurs pâles des vieilles maisons de Provence. Privées de souvenirs, elles n'en offrent pas moins au soleil le visage pensif de ceux qui ont longtemps vécu. Les centaines de petits bateaux amarrés devant les portes donnent envie de sourire comme une collection de jouets.


      Il y a entre le ciel bleu, l'eau miroitante et les façades aux tons pastel un merveilleux échange de lumière qui satisfait l'œil et met l'âme au repos. Oui, pour celui qui débarque ici, venant de quelque grande ville bruyante, grouillante et grise, encombrée de voitures, empestée de vapeurs d'essence, il semble que les soucis quotidiens se dissolvent dans l'air et que les joies de l'enfance la plus lointaine se trouvent de nouveau à portée de la main.

 




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