Il etait une fois Port Grimaud


Il était une fois PORT GRIMAUD...
La Mosquée Missiri :
     La Mosquée Missiri se trouve en périphérie de Fréjus dans le camp militaire de Caïs. Elle est la propriété du Ministère de la Défense. C'est le musée des Troupes de Marine de Fréjus qui est chargé de sa garde. Elle est fermée au public sauf les jours du Patrimoine où je vous invite à la visiter.


Carte postale de 1955

     Le nom 'Missiri' provient du Bambara, langue nationale du Mali, et signifie 'Mosquée'.
     C'est en 1928 que les tirailleurs sénégalais commencèrent à construire une mosquée, à l'intérieur du camp militaire de Caïs sur la route de Bagnols-en-Forêt et fut achever en 1930. le Régiment des Tirailleurs Sénégalais était constitué non pas seulement de sénégalais mais de soldats originaires des pays de l'Afrique Occidentale (Sénégal, Côte d'Ivoire, Bénin, Guinée, Mali).
     L'initiative de la construction de la mosquée revient au capitaine Abdel Kader Mademba afin que les soldats de l'empire, d'origine africaine, ne se sentent pas trop isolés à l'extérieur de leur pays d'origine.



     En 1975, à l'initiative du Général Galliéni, Fréjus accueille les premiers contingents africains. afin qu'ils s'acclimatent avant leur départ pour le front. On construit des camps et des hôpitaux militaires qui accueilleront ces troupes africaines et indochinoises. Après la guerre, beaucoup d'entre eux sont revenus à Fréjus, d'où l'idée de combattre le mal du pays en reconstituant un environnement familier dont cette Mosquée faisait partie. Elle est à l'époque agrémentée de cases africaines et de termitières reconstituées dans le but de "Donner au tirailleur noir l'illusion, la plus fidèle possible, de la matérialisation d'un cadre analogue à celui qu'il a quitté ; qu'il y retrouve, le soir, au cours de palabres interminables, les échos du "tam-tam" se répercutant contre les murs d'une construction familière, évocatrice de visions susceptibles d'adoucir la sensation d'isolement dont il est parfois atteint, le placer, en quelque sorte, dans une ambiance natale." (capitaine Abdel Kader Mademba)
     Sauf que ces soldats d'origine africaine n'étaient pas musulmans mais animistes... La Mosquée n'a donc jamais été un lieu de culte. Ce dernier aurait été difficilement praticable dans ce bâtiment sans toiture. Mais il existe dans les archives du Sirpa-Ecpa quelques clichés photographiques montrant des soldats en prière devant la Missiri de Fréjus.


En avril 1893, le colonel français Archinard prit Djenné au Mali actuel et découvrit l'ancienne mosquée dans un état pitoyable

     La Mosquée Missiri représente une réplique de celle de Djenné au Mali ( ancien Soudan français ). A noter qu'une seconde missiri fut construite en France, dans le bois de Vincennes à l'occasion de l'Exposition Coloniale Internationale de 1931 à Paris puis détruite peu après.

     Elle est entièrement bâtie en béton armé recouvert d'enduit rouge, rappelant les tons des terres locales (l'originale étant constituée de briques de pisé à dominante ocre jaune).
     Elle est de forme carrée, avec 4 ailes entourant une cour centrale ouvrant sur les galeries par des arcs outrepassés. Chaque angle est flanqué d'une tour aux pinacles coniques. Au milieu des façades est et ouest, une tour plus massive abrite des escaliers permettant l'accès à la terrasse. Sur les parois extérieures des pointes de béton enduites figurent les poutres de bois tenant la structure de terre de la mosquée originale.


Carte postale de 1955

     La dernière unité africaine a quitté Fréjus en 1964. En 1987, la mosquée est inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.
     Un grand chantier de rénovation et de consolidation a été effectué par le 21e RIMa de Fréjus (Régiment d'Infanterie de Marine) au début du XXIe siècle. A cette occasion, deux représentations figuratives peintes sur les faces internes des massifs d'escalier ont été restituées par un caporal chef de l'armée sénégalaise afin de réparer les dégradations causées par les intempéries, mais surtout le vandalisme : à l'est, on voit un chameau et à l'ouest, deux tirailleurs sénégalais.

Le saviez-vous?
     Un des privilèges dont bénéficient les tirailleurs sénégalais, jusqu'à la veille de la seconde guerre mondiale, est d'être autorisés à se faire accompagner par leurs femmes et leurs enfants, non seulement dans les cantonnements occupés au gré de leur affectation, mais aussi en campagne, "Madame Tirailleur" assurant l'intendance pour son mari. En certaines circonstances, "Madame Tirailleur" participe aussi aux opérations militaires, approvisionnant son mari en munitions ou rechargeant les armes sous le feu de l'ennemi.
     Elle partage alors les risques du combat, parfois jusqu'au sacrifice suprême.

     Les Tirailleurs Sénégalais étaient plutôt malhabiles avec un fusil mais redoutables avec une arme qui leur était adaptée, le coupe-coupe. Ce sabre d'abattis était l'outil réglementaire des tirailleurs. Son utilisation lors de la 1ère guerre mondiale a contribué à établir la réputation combative des troupes noires. Elle leur a valu en 1940 d'être odieusement massacrées par les allemands... Ces derniers prirent à témoins l'opinion publique internationale de l'ignominie de la "souillure" du sol européen par des soldats de couleur! En 1919 une propagande malsaine se déploie, insistant sur la cruauté des noirs, stigmatisant des viols prétendument commis par les troupes indigènes qui occupaient la Rhénanie. Une enquête à permis de démontrer le caractère totalement infondé de ces accusations. Hitler a réutilisé cette même propagande pour dénoncer la "dégermanisation", la "négrification" et la "judaïsation" du sang allemand par la volonté de la France. D'ou le massacre des Sénégalais à Cressensacq, à Chasselay et à Montluzin en 1940.
     Les tirailleurs sénégalais avaient reçu le surnom de "La Mort Noire" de la part des soldats allemands dans les tranchées
(Renseignements trouvés sur les panneaux d'information accrochés à l'intérieur de l'édifice)

     Quelques photos de la Mosquée, prises lors des journées du Patrimoine de septembre 2012.

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Réalisation et photos yves lhermitte © 2017