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ANNE
SPOERRY, East African Flying Doctor
Anne Spoerry est née le 13 mai 1918 à Cannes, d'une famille aisée dont les souches sont à Fischenthal et Maennendorf, dans le canton de Zurich en Suisse, et d'un père né à Mulhouse. C'est une enfance heureuse pour elle, son frère François, et ses deux sœurs. Anne rapidement se décide à se lancer dans la médecine, entre à la Faculté des Sciences en 1937, et partage un appartement avec son frère à Paris jusqu'aux mauvaise nouvelles de Munich. C'est dans une villa nommée Pardigon, construite par son père sur la Baie de Cavalière (entre St. Tropez et Toulon), que la vie d'Anne bascule à la fin de l’été 1939. Un ami de la famille, anglais et ancien pilote de la R.A.F en 14-18, court depuis la plage : "C'est la guerre". Quelques mois plus tard François appelle sa sœur à Paris ; sous l'incroyable puissance allemande il est à 50 kilomètres d'elle et se prépare à passer la Loire : "C'est fini, prends garde, notre pays n'existe plus". Immense malaise pour Anne lorsque, au travers de la fumée qui recouvre Paris, elle aperçoit le drapeau tricolore qui flotte encore sur les Invalides. Les Français courent sur les routes avec leurs petites valises en carton. La vie continue sous l'occupation et, tandis que François descend à Marseille pour finir ses études d'architecte, Anne travaille dans un hôpital à Paris. Profitant de l'aide de son "ausweiz" et de sa bicyclette elle passe la ligne de démarcation, en février 1941 à Montceau Les Mines, pour visiter ses parents en zone libre. Neuf mois plus tard elle recommence pour les fêtes de Noël mais se fait prendre et passe 15 jours en prison à Chalon-sur-Saône. En novembre 1942, Anne est en quatrième année de médecine et reçoit un message de François demandant de voyager vers le sud à nouveau. Elle traverse la ligne à St. Michel de Montaigne, près de Bordeaux. Ayant passé Noël à La Bastide puis voyagé à Aix-en-Provence, où son père avait acheté l’Hôtel de Cabres, elle découvre que son frère est fermement impliqué dans la résistance. "Nous avons une demande de Londres. Peux tu ouvrir un nouveau réseau à Paris ?" De retour, Anne se plonge dans la recherche d’hébergements sûrs pour cacher des gens, l'obtention de faux papiers, la fabrication de tampons et de cartes de rationnement. Et, bien sûr, de nouvelles traversées de la ligne de démarcation. Elle cache un Anglais, Roger, dans son appartement. Peu de temps après, Marsac, le chef du réseau, tombe. Anne réussit à prévenir son frère qui part vers Annecy prévenir Odette (plus tard arrêtée et déportée à Ravensbruk). Les Allemands envahissent la France de Vichy et, les mouvements étant alors plus faciles, le père d'Anne arrive à Paris, suivi peu après par un message expliquant l'arrestation de François. La tentative de fuite vers la Suisse échoue, car Anne de passage à l’hôpital y trouve la Gestapo et est jetée dans une Traction Avant. Ce seront neuf mois à la Prison de Fresnes où elle reçoit des colis et des journaux en langue allemande, de ses parents, mais également de son frère qui est dans la même prison. Ces vingt dernières années Anne ne vous parlera pas de cette période de sa vie. C'est l'humiliation suivie par des malheurs. "Tiens, prend ce bouquin si ca t’intéresse, c’était comme ca". Depuis dix ans que je pilote avec elle en Afrique de l'Est elle me donne, par-ci, par la, quand même quelques détails. Dans un grand froid, en janvier 1944, elle est déportée vers l’Allemagne, destination finale : Ravensbruck. Son frère est envoyé à Dachau et Neue Breme. Anne survivra aux appels à
4 heures du matin dans un froid effroyable, aux travaux forcés dans
les usines. Block 26. Puis Block 13. Médecin, elle aide ses compagnes.
Rapidement elle perd ses forces. En mai elle part pour son premier "Transport"
à Zwodau. Anne n'a pratiquement plus de forces mais elle est toujours
médecin du groupe. Juillet: retour à Ravensbruck où
elle se retrouve au Block 10, sous Carmen Maury, à s'occuper des
cas de tuberculose.
Puis la rumeur arrive... et ils sont là, devant les portes. La Croix Rouge... Le cauchemar est à moitié fini. Elle découvre que François, aussi, s'en est sorti. Les événements de ces dernières années poussent Anne Spore à quitter cette Europe ravagée, et tout ce qu'elle a pu apporter comme souffrances. Les
lectures des récits d'Henri de Monfreid sont formidables. Un ami
de son père (Anto Besse) fait du commerce maritime sur la Mer Rouge.
Et voilà ! C'est l'appel de l'Afrique. De l'Ethiopie en particulier.
Mais l'Empereur Haile Selassie et son gouvernement ne voient pas d'un bon
œil une femme seule comme médecin. Anne se base au Yémen
et devient médecin des femmes de l’hôpital d'Aden. Elle cherche
à passer en Ethiopie, et donc accepte d'accompagner des bateaux
de pèlerins Somalis qui traversent pour le "Haj".
En 1949 elle accepte une invitation et visite le Kenya. Coup de foudre. Elle s'installe dans le protectorat anglais en 1950. A nouveau ce sont des difficultés car une femme seule n'est pas l’idée que se font les autorités coloniales d'un poste en brousse. Anne achète une grande ferme a Ol Kalou, entre le lac Naivasha et Thomson Falls. Elle y cultive le pyrhètre. Bien sûr la médecine est toujours omniprésente dans son petit cabinet médical sur la ferme. Anne est fermière - médecin. Le nationalisme kenyan s’étend et ce sont les années "Mau Mau". Anne, le revolver 38 special à la ceinture en permanence, assiste ses voisins et ce sont nombre de voyages de nuit, au travers du couvre feu et dans sa Peugeot 203, pour traiter toutes sortes de choses. 1964, c'est l’accès du Kenya à l’indépendance, et l'obligation de vendre sa ferme. Anne est déprimée, mais entend l'appel de Jomo Kenyatta, le premier président de ce nouveau Kenya, qui invite les blancs à rester. Anne achète une petite ferme de 25 acres à Subukia, au nord de Nakuru. La déprime, c'est quand même pas trop le style Spoerry. Anne, à 46 ans, décide d'apprendre à piloter. Dans cette nouvelle vallée un instructeur vient donc régulièrement depuis Nairobi a bord d'un Piper Pacer et plusieurs fermiers blancs se joignent pour apprendre. Petit retour en arrière:
En 1964 Michael Wood entend parler d'une femme médecin qui pilote au nord de Nakuru. Anne achète un Cherokee
235. Pour étrenner ca, avec un peu plus de 50 heures de vol dans
son carnet, et puisqu'à l’été 1965 c'est le moment
de rentrer en vacances, Anne rentre en France, avec deux amis,... en Cherokee...
Puis c'est l'invitation de Michael Wood de rejoindre les Médecins
Volants...
Anne est devenue partie intégrante des Flying Doctors. C'est un pilier incontournable. Pendant 35 ans, inlassablement, elle surmontera tous les obstacles, en douceur ou aàgrands coups de gueulantes (Anne était appelée par certains "Ma Spoerry") devenues célèbres (mais toujours aussi terrifiantes). Plus de 8000 heures de vol pour une pilote privée dans des endroits et des pistes que l'on peut, sans exagération, décrire comme... déplorables. Il va falloir que j’arrête là ma description d'Anne Spoerry. En dix ans où j'ai eu la chance de la connaître, en ami et collègue, j'ai découvert un personnage étonnant, toujours à l'aise dans son pantalon en toile bleue, sa chemise d'aviateur, ses bottines rapiécées et sa casquette à visière (si vous lui posiez la question : la réponse "Tu veux essayer de faire les cliniques dans le Nord en tailleur Chanel et talons aiguilles ???" Son gros couteau à cran d’arrêt (instrument indispensable à mille choses) dans la poche gauche, un mini pistolet dans la poche droite (« Ma Spoerry »... n'oubliez pas...) Je vous laisse donc découvrir un coeur-docteur-aviateur-électricien-facteur-deéanneur sur Envoyé Spécial (accrochez vos ceintures pour un arrachage de dent "de derrière les fagots"), ca sera beaucoup plus vivant que mon message. Si vous voulez ensuite plus de détails cherchez le livre "On m'appelle Mama Daktari" par Anne Spoerry (Editions Jean-Claude Lattes, 1994), qui est un livre simple, comme Anne, et vous montrera une vision de 50 ans d'Afrique. Il est bon de noter que son frère François Spoerry est décédé le 11 janvier 1999 et que Anne, qui lui vouait une admiration sans bornes (il était le seul à pouvoir lui dire "ANNE !!! ON SE CALME !!!), et qui nous semblait à tous ici en Afrique de l'Est indestructible, a tout juste réussi à lui survivre trois semaines... Bon, ben moi j'ai écrit ce message le plus vite possible ce soir (c'est mon excuse d'aujourd'hui pour les fautes :-))) ), car je m'en vais pour une semaine de vacances à Lamu. Eh oui ! C'est aussi là qu'Anne est enterrée, et à part le farniente, j'irai voir Anne tous les jours, car elle a été une source d'inspiration pour moi pendant dix ans, et le restera pour un bon bout de temps à venir. Et elle me manque. Benoît Wangermez |
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